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Délocaliser avec style, à Sarajevo
  HEBDO du 2 juin 2005
Auteur: David Spring
  Informatique : Externaliser des services tout en faisant la promotion de valeurs éthiques? Un dilemme auquel une petite société genevoise apporte sa solution.
  "Nous désirons contribuer à la renaissance de la Bosnie", sourit Dragana Straus. Cette architecte de formation est l'inspiratrice du projet Soft Makers, à Genève. Avec son collègue Didier Cassani, responsable commercial, elle cherche à convaincre des entreprises suisses d'externaliser une partie de leur production informatique à Sarajevo, plutôt qu'en Inde, en Thaïlande ou en Chine.
Des pays qui ont leurs inconvénients, selon Didier Cassani. "Pensez au décalage horaire, à l'absence de transparence sur les conditions de travail sur place, aux problèmes écologiques, au choc des cultures entre donneurs d'ordres occidentaux et exécutants asiatiques!" La niche occupée par Soft Makers se situe donc dans le jardin peu défriché de la délocalisation socialement responsable.
Retour au pays
Dragana Straus, originaire de Sarajevo, a observé que bien des jeunes Bosniaques, exilés pendant la guerre, retournent dans leur pays. Certains ont suivi des études en Allemagne ou en Autriche, parlent anglais et allemand. Formés à l'étranger, ils souhaitent aujourd'hui revenir chez eux, pour y travailler. Mais sur place, les perspectives professionnelles manquent encore, même si la capitale, située à moins de deux heures d'avion de Genève, vit un nouveau printemps.
Bien qu'elle ait quitté sa ville natale depuis 25 ans, Dragana Straus s'y rend encore très régulièrement. Principalement pour maintenir un contact étroit avec les dix informaticiens qui oeuvrent déjà pour le projet, dans la cité bosniaque. Mais grâce à son réseau de contacts, elle est certaine de trouver rapidement des spécialistes dans tous les domaines de l'informatique, des codeurs C++ aux spécialistes de la construction de sites internet de commerce électronique, en passant par les tests d'applications. Des activités qui, en Suisse, coûtent cher en termes de temps de travail, et ne sont pas forcément des plus passionnantes. "Une main d'œuvre de bon niveau, formée dans la mentalité européenne, est facile à trouver", note-t-elle. Autre avantage, le parc informatique et les infrastructures de télécommunications ont été rebâtis à neuf.
Bien entendu, Soft Makers est un projet à but lucratif: tous les intervenants doivent en retirer des avantages. Mais derrière les motivations économiques pointe une envie de permettre à la Bosnie de réintégrer l'espace européen, et d'effacer l'image de "ville-martyr" qui colle à Sarajevo. "Pour que ma ville redevienne ce qu'elle était", rêve Dragana Straus.
David Spring